La voisine du bout

J’ai remarqué que la voisine du bout (que je surnommerai "la furtive" par respect pour son mari con), souffre d’un trouble du comportement. Elle se croit transparente. Une force invisible la pousse à coller son museau au carreau dès qu’un chat pète dans la rue. Elle se pose là et se fige avec un sourire qui tire méchamment sur le rictus, dans l’encadrement de sa fenêtre elle ressemblerait presque à la Joconde, en version moustachue. Il est aisé pour moi de reconnaître les symptômes de son trouble puisqu’à une époque j’étais atteinte de la même maladie. Je m’en vais te raconter comment tout cela se manifeste.


Je vous parle d’un temps où je vivais au nord de la vallée, trouducudumonde village, une petite contrée jurassienne qui sent bon la bouse de vache et où les nuages sont si lourds que bien souvent ils descendent du ciel et restent au raz du sol pendant des jours. Ma maison était située sur la rue principale du village, en face de la mairie. De ma cuisine j’avais vue imprenable... sur le monument aux morts.
La première chose qui m’a mise la puce l’oreille c’est lorsque je me suis couchée un soir en me disant:
"tien ...?!?... "la gracieuse" n’est pas allée au pain ce matin..."
"La gracieuse" habitait de l’autre coté de la route, c’etait cette charmante petite bonne femme qui gueulait après ses trois gosses du matin au soir. Un jour, alors que je m’occupais des fleurs, son mari lui avait dit, "chuuuut! la voisine est dehors!" et je l’avais entendu gueuler "je l’EMMERDE la voisine!". Par la suite nous étions devenue amies et moi aussi je gueulais sur ses gamins.
Bref tout ça pour dire que d’un coup je me rendais compte que je passais ma vie épier tout ce qui se passait dans la vie de mes voisins et autres passants par la fenêtre de ma cuisine. Effets pervers du chômage? Curiosité naturelle? Absence de programme télé intéressant ? Emplacement stratégique de la fenêtre de cuisine? Nan nan ! trouble du comportement !
Mais qui peut se vanter d’avoir compté 300 tracteurs passer sous sa fenêtre (enfin plutôt passer cent fois les trois même tracteurs), qui peut se vanter d’avoir assister a trois accidents au chaud dans sa cuisine, juste en se penchant par la fenêtre? Et qui peut se vanter d’avoir assister a cinq commémorations aux morts en chaussons et pyjama ? Hein qui ?
Voilà pourquoi je me sens si proche de "la furtive", elle ne voit de sa fenêtre que l’hystérique à grande bouche d’en face qui pousse devant elle une poussette énorme, garnie de gnômes hurlants. Forte de mon expérience et dans l’espoir d’un jour sympathiser j’attends le bon moment pour lui dire que je l’emmerde.
Pour nous préparer a cette amitié qui bientôt nous liera j’ai donc décidé depuis quelques temps de lui rendre la politesse en l’observant mon tour. Ainsi lorsque je la vois lécher son carreau je la regarde avec insistance, le même sourictus aux lèvres, et lorsque je la vois prendre le virage devant la maison je me poste a la fenêtre de chambre de Lény et je la regarde passer. Elle ne se contente pas d’aller au pain ; elle défile au pain, droite comme un i, son balais à franges coincé dans le cul. La reine mère aux cheveux gras!
Je ne sais pas... J’ai l’impression qu’elle ne m'aprécie pas beaucoup et que nous aurons du mal à nous aimer un jour. Peut être devrais-je lui donner l’adresse du blog ?...

2 commentaires:

  1. Moi je te fais une virgule , voilà ! Ecris nous encore stp, je ne me lasse pas. Bisous

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